Le royaume commence la privatisation du secteur des télécommunications, deuxième source de revenus du pays. L'offre est limitée aux Saoudiens.
Sous le nom de « La souscription de l'heure », l'Arabie saoudite commence la privatisation de la compagnie Saoudi Telecom (STC), longuement attendue. Il s'agit de la plus grande privatisation partielle dans le royaume depuis 1984.
Les Saoudiens, et seulement les Saoudiens, pourront acheter 30 % des actions de l'entreprise, soit 90 millions d'actions pour une valeur de 4 milliards de dollars.
60 millions seront vendus aux citoyens et le reste sera acheté par deux investisseurs principaux, l'Administration des pensions de retraite et l'Institution générale des assurances sociales.
Les banques saoudiennes ouvrent leurs portes aux souscripteurs du 17 décembre au 6 janvier. Début septembre 2002, le gouvernement saoudien avait augmenté le capital de Saoudi Telecom, pour le porter de 3,2 à 4 milliards de dollars.
En fait, le secteur des télécommunication fait partie d'une « liste négative » comprenant 19 activités interdites aux étrangers, malgré les pressions internationales exercées sur le royaume pour ouvrir son marché.
« Le gouvernement est en train de revoir cette liste. En ce qui concerne les télécoms, cela dépend surtout de la volonté politique », explique Khaled Al-Qosseibi, ministre du Télégraphe, de la Poste et des Télécommunications.
« De plus, l'expérience a montré que le secteur public s'est montré capable de gérer ce marché lucratif », ajoute-t-il. Une énorme demande d'actions est prévue, malgré leur valeur nominale relativement élevée de 45,3 dollars (170 rial).
D'une part, il s'agit de la deuxième source de revenus du royaume après le géant secteur du pétrole. STC réalise d'excellents résultats commerciaux depuis qu'elle fonctionne selon des règles comptables classiques (mai 1998).
Elle a dégagé un bénéfice net de 762,4 millions de dollars pour les neuf premiers mois de 2002, en recul toutefois de 19,5 % par rapport à la même période de 2001. Cette baisse a été attribuée à un effort accru de restructuration de la compagnie et, en particulier, à un plan de retraite anticipée pour ses employés saoudiens.
Le bénéfice du troisième trimestre, 414,4 millions de dollars, a cependant enregistré une hausse de 11 % par rapport à 2001.
D'autre part, son potentiel de croissance est énorme. Un rapport récent du Groupe des conseillers arabes (The Arab Advisors Group) estime que « STC possède un grand potentiel de croissance, surtout que le marché des lignes fixes ainsi que celui des portables est encore loin d'être saturé et l'entreprise possède toutes les capacités pour satisfaire cette demande ».
Le rapport souligne en plus que les acheteurs pourront bénéficier de l'accord qui permettra de réduire la part des
revenus versée au gouvernement.
Par ailleurs, la croissance du secteur des télécoms, qui reste le monopole de la STC pour encore six ans, bat son plein. Le directeur du groupe financier GP Morgan au Proche-Orient a affirmé qu'il prévoit pour ce secteur la plus grande croissance en Arabie saoudite, avec un taux de croissance annuel de 20 % jusqu'à 2005.
Ce même secteur a réalisé une croissance annuelle moyenne de 30 % entre 1996 et 2000. Cette année 2002 a aussi été marquée par un boom grâce à l'introduction d'un service de portable payé en avance en avril.
L'effet de la transaction s'est déjà fait sentir, avant même le début de la souscription. Cela fait cinq semaines que la Bourse d'Arabie saoudite régresse — à quelques exceptions près — à cause d'une vague d'opérations de ventes pour avoir les liquidités nécessaires à l'achat des actions de STC.
Cela a fait perdre à l'indice, durant cette semaine qui a précédé l'opération, quelque 7,62 points. Le même phénomène a eu lieu sur le marché de l'immobilier où les offres de ventes se sont multipliées.
Mais cette situation ne doit pas durer et le marché financier devrait s'épanouir une fois la transaction de STC exécutée. Le titre Saoudi Telecom devrait être coté à partir de février 2003 à la Bourse de Riyad et la compagnie devenir ainsi la deuxième en volume de capitalisation du marché après la Saoudi Basic Industries Corp (SABIC), spécialisée dans les produits pétrochimiques.
La privatisation partielle de STC ne sera pas une action isolée, mais plutôt un pas sur le chemin de l'ouverture du secteur des télécommunications à la concurrence. Le gouvernement saoudien avait approuvé l'année dernière un projet de loi mettant fin au monopole de l'Etat dans le secteur des télécommunications.
Mais le plan du gouvernement prévoit aussi la libéralisation du service du portable au cours du dernier quart de 2004 et celui des lignes fixes en 2008. — (Al Ahram Hebdo)
© 2002 Mena Report (www.menareport.com)