Les banques ont augmenté leurs taux d'intérêt sur les dépôts à court terme pour limiter la ruée vers le dollar et juguler l'inflation. Une décision qui pourrait avoir des effets négatifs, notamment sur l'investissement.
Depuis la libéralisation du système des changes fin janvier, et avec la dépréciation de la livre, la tendance à l'acquisition de devises, dollars et euros, s'est accentuée. Pour limiter ce phénomène, les banques égyptiennes, privées et publiques, ont décidé la semaine dernière d'augmenter le taux d'intérêt sur les dépôts à court terme (1 à 3 mois).
L'augmentation diffère d'une banque à une autre, variant entre 0,5 % et 2 %. Par exemple, la hausse a dépassé 1 % à la CIB (Commercial International Bank) où les intérêts sur les dépôts d'1 mois sont passés de 6 à 7 % et ceux sur 3 mois de 6,5 à 7,25 %. Quant à la banque Delta Internationale, les intérêts sur les dépôts de 3 mois seront augmentés de 0,5 % pour passer de 8,5 à 9 %. Cette augmentation ne se limite pas aux dépôts des clients, mais elle comprend aussi les intérêts entre les banques elles-mêmes (taux d'intérêt interbancaires).
Ces derniers ont augmenté jeudi de 8,2 à 12,2 % sur les dépôts pour un seul jour et de 9,6 à 12,75 % sur les dépôts mensuels. De même, la Banque Centrale Egyptienne (BCE) a augmenté depuis deux semaines les taux d'intérêt sur les bons du Trésor de 7 à 9 %.
Toutes ces mesures reflètent la nouvelle politique monétaire de la BCE visant à réduire le volume de liquidité en monnaie nationale sur le marché pour absorber les tendances inflationnistes et apaiser les pressions sur la livre égyptienne.
Cette politique va dans la direction opposée des recommandations du PND de baisser le taux d'intérêt sur les dépôts de 3 à 4 %, ainsi que de la volonté de la BCE d'encourager l'investissement qui avait conduit à une baisse générale des taux d'intérêt de 1 % en février.
Conséquences incertaines
En effet, le marché est divisé entre partisans et opposants de l'augmentation du taux d'intérêt. Selon Ahmad Koura, vice-président de l'Union des banques, « Les nouvelles conditions ont imposé aux banques d'augmenter leurs intérêts.
C'est une politique gouvernementale destinée à limiter le phénomène de la ruée sur le dollar et à absorber les tendances inflationnistes. Malheureusement, cette décision aurait dû être prise avant la libéralisation du système des changes en janvier dernier ».
Opinion partagée par Ali Negm, PDG de la banque Delta Internationale et ex-gouverneur de la BCE. « L'expérience du passé a montré que l'arme du taux d'intérêt permet de limiter le phénomène d'acquisition massive de devises », souligne-t-il.
Au début des années 1990, « le taux de dollarisation » (dépôts en dollars/total des dépôts) est passé de 53 % en 90/91 à 37 % en 91/92, résultant de l'augmentation des taux d'intérêt bancaires à 18 %.
Selon Hamdi Abdel-Azim, expert économique à l'Académie Sadate, qui compte parmi les adversaires de cette décision, « Ce n'est pas le bon moment pour prendre cette décision. alors que l'Egypte passe par une récession économique. L'augmentation du taux d'intérêt sur les dépôts renforcera les tendances récessionistes et entraînera en plus la hausse des intérêts sur les crédits, ce qui se répercutera sur l'investissement.
Les conditions actuelles exigent la réduction des intérêts pour activer l'investissement et pas le contraire ». Il ajoute que l'augmentation des intérêts ne limite pas automatiquement la ruée vers le dollar.
Argument réfuté par Ahmad Koura : « La théorie diffère complètement de la réalité. La réduction des taux d'intérêt n'encourage pas l'investissement. La relation entre les deux facteurs n'est pas si forte.
Ce sont les mauvaises conditions nationales et internationales qui entravent le développement de l'investissement en Egypte et pas l'augmentation du taux d'intérêt ». Il ajoute que la modification des taux d'intérêt sur les dépôts ne signifie pas forcément un changement similaire sur les crédits.
En janvier 2003, les banques ont baissé leurs intérêts sur les dépôts alors qu'ils ont renvoyé la baisse sur les crédits à une date indéterminée. « Nous voulons en ce moment compenser les pertes autant que possible, émanant des emprunts frauduleux d'hommes d'affaires », explique-t-il.
De son côté, Ahmad Galal, directeur du Centre égyptien pour les études économiques, remarque : « Quant à la dispute déclenchée entre les opposants et partisans de l'augmentions des intérêts bancaires, chacun des 2 camps a raison et tort à la fois.
L'augmentation des intérêts pourra entraver le développement de l'investissement. En même temps, la baisse des intérêts accentue les tendances inflationnistes. Ce qui manque, c'est le facteur temps ». Il propose d'augmenter d'abord les intérêts à court terme.
Mais il faut ensuite baisser les intérêts dès que le marché des changes se stabilise et que les tendances inflationnistes se résorbent .pour encourager l'investissement. « Cette décision devra être soutenue par une série de mesures telles que l'augmentation des ressources en dollar et l'augmentation des subventions accordées pour compenser la hausse des prix », souligne-t-il.
La Banque mondiale devrait accorder à l'Egypte dans 3 mois un prêt d'1 milliard de dollars, une somme qui pourra contribuer à résoudre le problème du change en Egypte.
Gilane Magdi
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